Eglise Saint-Jérôme L'Adoration Perpétuelle à Toulouse

Toussaint 2020

Père Lizier de Bardies |  7 novembre 2020

Les célébrations qui nous rassemblent ces deux jours de la solennité de la Toussaint, et, lundi, la
commémoraison de tous les fidèles défunts, revêtent bien sûr une gravité particulière. Non
seulement à cause de la pandémie et des circonstances exceptionnelles de confinement qui
l'accompagnent une seconde fois, mais à cause du violent et sauvage assassinat d'un enseignant à
proximité de son collège, il y a 15 jours, et celui de 3 personnes dans une église de Nice, jeudi
dernier.
Comme l'écrivait l'éditorial du dernier courrier de Radio Présence, « aucun d'entre nous ne nait avec
une âme de martyre. Aucun d'entre nous, en allant prier un matin clair dans son église, n'imagine
tomber, de la plus immonde des manières, sous les coups d'un fanatique. (…) Et lorsque le prêtre nous
lira l'Evangile et dira à voix haute : « heureux êtes-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute à
cause de moi, car votre récompense est grande dans les cieux », chacun frémira en pensant à ces trois
personnes assassinées et priera pour leur âme. »
Laissons-nous envahir par la douce miséricorde du Christ, demandons pardon pour nos péchés et
pour le péché du monde.
HOMÉLIE
Mes chers amis cette belle fête de Toussaint tourne nos yeux vers le paradis,
vers tous les baptisés qui ont franchi avec le Christ les portes de la mort, et qui
nous ont précédés, marqués du signe de la foi. Cette fête tourne nos yeux vers
tous ceux, innombrables, qui peuplent le ciel de Dieu, bien plus nombreux que
ceux que nous proposent le calendrier, souvent ignorés de la mémoire de
hommes mais inscrit au Livre de vie : « une foule immense, écrit l'Apocalypse,
que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et
langues. »
La fête de Toussaint nous rappelle tout d'abord la communion des saints,
que nous professons dans notre Credo : cette multitude de justes qui nous ont
précédés et qui peuplent le ciel de Dieu (cf. 2nde lecture) sont en communion
avec nous, qui cheminons vers eux sur cette terre. Ils nous encouragent à ne
pas nous arrêter en chemin, et nous incitent à continuer de marcher vers le
but. Les saints qui sont déjà parvenus en la présence de Dieu gardent avec nous
des liens d'amour et de communion, c'est dire que nous pouvons nous adresser
à eux personnellement, que nous pouvons les invoquer, les appeler à notre
aide : dans le Christ ils sont nos frères et nos soeurs, dans le Christ ils
intercèdent pour nous : nous sommes membres du même Corps du Christ qui
est l'Église. Et puis leur exemple nous stimule, ce que nous connaissons de leur
vie et de leurs mérites et de l'action de l'Esprit Saint en eux nous encourage,
nous pouvons nous mettre à l'école de leurs paroles, du témoignage de leur vie
ou de leurs écrits.
Comme le faisait sainte Thérèse de l'E J dans l'austère et glacial carmel de
Lisieux, nous pouvons chercher en eux la force ou la patience que nous ne
trouvons pas en nous. Quand nous communions à la messe au Corps du Christ,
livré pour la multitude, nous sommes unis à eux dans la communion des saints,
d'une manière unique.
Parmi ces saints et ces anges qui peuplent le ciel de Dieu sont sans aucun
doute les défunts que nous avons connus et aimés, purifiés par l'amour du
Christ de tout ce qui pouvait les séparer de lui, libérés de toute trace d'orgueil,
d'égoïsme ou de mal. Dans son exhortation apostolique sur la sainteté le Pape
François écrit : « il peut y avoir notre propre mère, une grand-mère ou d'autres
personnes proches (cf. 2Tm 1, 5). Peut-être leur vie n'a-t-elle pas toujours été
parfaite, mais, malgré des imperfections et des chutes, ils sont allés de l'avant
et ils ont plu au Seigneur. » (« La joie et l'allégresse » § 3). Les défunts de nos
familles, ceux qui nous ont aimés et que nous avons aimés, nous restent
proches et même présents par leur affection et leur intercession ; et c'est à bon
droit que nous les invoquons dans notre prière.
Au fond qu'est-ce qu'un saint ? Tous simplement un homme ou une femme
pas moins pécheur ou fragile ou timide qu'un autre, mais qui a accueilli et
accepté le projet de vie que l'amour de Dieu avait sur lui. Comme l'écrit saint
Paul a son disciple Timothée : « Dieu nous a sauvés, il nous a appelés à une
vocation sainte, non pas à cause de nos propres actes, mais à cause de son
projet à lui et de sa grâce.» (2Tm 1, 9).
Pour citer à nouveau le pape François : « J'aime voir la sainteté dans le
patient peuple de Dieu : chez ces parents qui éduquent avec tant d'amour leurs
enfants, chez ces hommes et ces femmes qui travaillent pour apporter le pain à
la maison, chez les malades, chez les religieuses âgées qui continuent de
sourire. Dans cette constance à aller de l'avant chaque jour, je vois la sainteté
de l'Église militante. C'est cela, souvent, la sainteté ‘‘de la porte d'à côté'', de
ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu, ou,
pour employer une autre expression, ‘‘la classe moyenne de la sainteté'' (§ 7).
Mais si la sainteté est l'oeuvre de l'Esprit Saint, le Seigneur nous a laissé
comme ligne de conduite, outre son commandement : « aimez-vous les uns les
autres comme je vous ai aimés », ces béatitudes qui dessinent le visage du
Christ. Les géants de la sainteté, ceux dont la fête est inscrite au calendrier de
l'Église universelle n'ont-ils pas chacun illustré dans leur vie et quelquefois dans
leur mort une de ces béatitudes qui introduisent au Royaume des Cieux ?
Face à la plaie et la menace du terrorisme nous pleurons avec ceux qui
pleurent, comme l'écrit saint Paul, et nous efforçons de réconforter et soutenir
ceux qui sont dans la douleur. Avec le pape François, nos évêques et toute
l'Église nous supplions le Seigneur « pour les victimes et leurs proches, pour que
la violence cesse, pour que nous nous regardions à nouveau comme des frères
et des soeurs et non comme des ennemis, pour que le peuple français réagisse,
uni, au mal par le bien »
Et nous nous efforcerons de garder une âme de pauvre, de demeurer dans la
justice, d'être artisans de paix, de garder la pureté du coeur, de pratiquer la
douceur et la miséricorde, de ne pas nous laisser renverser par les assauts du
mal, ni détourner de l'espérance à laquelle nous sommes appelés.
Non pas parce que cela est selon l'esprit du monde, ou celui de la
République, mais parce que nous sommes chrétiens.
Amen.