Eglise Saint-Jérôme L'Adoration Perpétuelle à Toulouse

PENTECÔTE 2020 RECEVOIR L'ESPRIT D'AMOUR père Lizier de Bardies

Père Lizier de Bardies |  1 juin 2020

Chers frères et soeurs
Vous en souvient-il ? Nous nous sommes rassemblés le dimanche, pour la dernière fois, le 8 mars dernier, alors que l'Église entrait dans la seconde semaine de carême. Le samedi suivant le gouvernement décrétait le confinement général de la population, et tous les lieux recevant du public – des cafés aux cinémas, des théâtres aux restaurants, des musées aux églises, aux mosquées et aux synagogues – devaient fermer le jour-même à minuit. Et c'est ainsi que nous, chrétiens, n'avons pu célébrer ni les autres dimanches de carême, ni les jours saints, ni la messe chrismale, ni les fêtes pascales et les dimanches du temps pascal, ni aucun baptême ou confirmation d'enfants ni d'adultes : la vie liturgique, sacramentelle et publique de l'Église s'est brutalement arrêtée, dans une situation totalement inédite, renvoyant chacun ou chaque famille à sa solitude et à son isolement.
Que de souffrances cet arrêt sur image n'a-t-il pas engendrées ! Les miracles de la technique moderne et de la transmission numérique sur nos écrans nous ont permis de nous rendre, au moins en esprit, présents aux messes retransmises, que ce soit depuis la grandiose basilique saint Pierre de Rome, miraculeusement vide, l'humble studio des dominicains sur France 2, ou encore les églises de nos paroisses rapidement munies d'une maladroite caméra.
Frères et soeurs, il n'est pas indifférent que nous puissions nous retrouver pour Pentecôte – et encore dans quelles conditions : disséminés, masqués, méfiants les uns des autres ! Car la fête de Pentecôte est la grande fête de l'Église.
*En effet qu'est-ce que l'Église sinon d'abord le rassemblement des enfants de Dieu dans l'unité ? La prière de Jésus pour l'unité de ses disciples, celle-là même que nous entendions ces derniers jours lors des messes quotidiennes, est exaucée aujourd'hui : chacun dans sa langue maternelle communie à la même louange des merveilles de Dieu, malgré la diversité des origines et des cultures : la naissance de l'Église a bien lieu aujourd'hui, dans cette irruption de l'Esprit Saint, dans ce grand coup de vent dans la maison des Apôtres. L'Esprit mène à son achèvement l'oeuvre de Jésus.
Jésus lui-même avait promis à ses disciples que d'auprès du Père il leur enverrait l'Esprit-Saint, leur enjoignant de demeurer à Jérusalem en attendant d'être revêtus de cette force venue d'en-haut. Et les apôtres, vigilant dans la prière, avec Marie, se préparaient à accueillir cet Esprit-Saint, dont la venue était imprévisible, mais donc pas inattendue.
*En recevant l'Esprit, les disciples de Jésus sont introduits au coeur même du mystère trinitaire. Car l'Esprit vient du Père et glorifie le Fils. Il déploie la Révélation en permettant aux croyants d'entrer plus profondément dans l'intelligence de l'enseignement du Christ. Il accompagne l'humanité en chemin ver le Royaume, il guide et il conseille, il console et il fortifie. L'Esprit déploie d'abord sa puissance au service de la mission. Il témoigne de l‘identité de Jésus et rend les disciples capables d'en témoigner à leur tour.
Embrasés par ce feu de l'Esprit, ces onze hommes de Galilée sont rendus capables de parler à une foule cosmopolite, où chacun entend dans son propre dialecte ce que Dieu veut lui dire. Désormais, d'enfermés et craintifs qu'ils étaient, les apôtres se mettent à sortir devant la foule ; ils étaient silencieux et pleins de doutes : ils se mettent à annoncer la résurrection de Jésus avec assurance ; ils étaient méprisés à cause de leur accent de Galiléens : chacun les entend proclamer les merveilles de Dieu dans sa langue maternelle… C'est l'inverse du vieil épisode de la tour de Babel. Au lieu d'une langue unique qui s'impose de façon totalitaire, l'unité de la famille humaine se manifeste dans le respect de la diversité des peuples et des cultures.
*Dans la seconde lecture de ce jour Paul rappelle aux Corinthiens que l'Esprit, qui fait l'unité du Corps, pourvoit chacun des membres de ce Corps d'une grâce, d'un don particulier : « À chacun est donnée la manifestation de l'Esprit en vue du bien ».
Il convient de nous interroger, chacun, sur le don que l'Esprit Saint veut nous faire aujourd'hui, ou plutôt sur celui que nous avons à demander avec confiance dans la prière, en vue du bien, car notre société sort blessée, douloureuse, fragilisée par l'épreuve. Il n'y a pas seulement le nombre de victimes de la pandémie (plus de 28 000 recensées aujourd'hui, et pensons aux familles éprouvées par le deuil, dont beaucoup n'ont pu accompagner les derniers moments de leurs proches défunts, ni se rassembler pour la prière des funérailles). Il y a aussi les conséquences économiques, les emplois perdus, les commerces contraints de fermer définitivement, les entreprises en cessation de paiement, les petits boulots évanouis, tant de personnes en situation précaire laissées sur le bord du chemin.
*Nous le savons : l'Esprit Saint, c'est Dieu lui-même, dans la force de son amour, qui vient soulever nos vies et nos existences pour leur donner tout le poids d'amour que
Dieu notre Père leur destine. Hé bien ! C'est cet amour que nous allons demander au Seigneur, dans la force de l'Esprit Saint.
 Un amour qui soit bienveillance, patience, pardon des offenses, consentement au réel et au quotidien. Toi qui as peut-être eu du mal à supporter tes proches, ton mari, ta femme, ou tes enfants, ou tes parents, tu vas leur pardonner leur offrir un visage de paix et de réconciliation.
 Un amour qui soit partage, attention à l'autre, gratuité, compassion. Toi que la solitude ou le confinement a laissé plus tourné sur toi-même, plus égocentré, moins attentif à la souffrance d'autrui, plus fataliste, plus seul, désabusé, souffrant. Tu ne te détourneras pas devant ton frère qui a besoin de toi et qui es ta propre chair, tu mettras en oeuvre tes dons de solidarité et de fraternité, et tu t'intéresseras aux autres.
 Un amour qui soit sagesse de vie, prudence et intelligence du coeur et de l'esprit, afin de choisir dans ta liberté les meilleurs moyens d'obtenir toute fin bonne. Car l'Esprit de providence de Dieu veille sur chacun de nous, non pas en agissant à notre place, mais en nous donnant de quoi atteindre par nous-mêmes le bien qui est le nôtre.
*Dans l'exhortation apostolique « La joie et l'allégresse » (en latin « Gaudet et exsultate ») que le pape François nous a donnée il y a trois ans, le pape rappelle que si l'Esprit Saint fait les apôtres, il fait aussi les saints. Il rappelle aussi que la force que donne l'Esprit Saint s'appelle dans les Actes des Apôtres la parrêsia, mot grec que l'on peut traduire par : audace et assurance, enthousiasme, parler en toute liberté, ferveur apostolique.
En ce jour où nous célébrons sainte Jeanne d'Arc (et le centième anniversaire, cette année, de sa canonisation), en ce jour où nous sommes à la veille de célébrer la Vierge Marie en sa Visitation, au lendemain de l'annonce par le pape de la voie ouverte à la canonisation du Père de Foucauld, le frère universel, et à la béatification de Pauline Jaricot, laïque lyonnaise fondatrice de l'oeuvre de la Propagation de la Foi, devenue aujourd'hui la Mission universelle de l'Église, l'exemple et la compagnie et l'intercession de ces saints dilatera nos coeurs et nos esprits, et les ouvrira sur les besoins et les attentes du monde.
Car, enfin, l’oeuvre de l’Esprit Saint est de rassembler et vivifier l’unique Église du Christ, mais les frontières de celle-ci ne connaissent pas les nôtres. Et la vocation des chrétiens n’est pas de marquer les frontières, mais bien au contraire de les, ouvrir, au nom du Christ ressuscité, sauveur de tout homme.
Le baptisé sait qu’il appartient à Dieu, qu’il vient de l’amour de Dieu, et va vers l’amour de Dieu, et l’unique tâche du chrétien est de s’appliquer à s’ouvrir à l’oeuvre de l’Esprit d'amour en lui. L’Esprit qui libère de toute peur et de toute entrave continue et achève inlassablement en chacun l’oeuvre du Christ, déployant l’énergie sans cesse renouvelée de l’amour.