Père Michel Pagès | 9 janvier 2026
La fête du « Baptême du Seigneur » vient clore ce que l'Eglise appelle « le Temps de Noël » en mettant sous nos yeux cette mystérieuse demande de Jésus qui veut recevoir « le baptême de Jean » dans les eaux du Jourdain (Mt 3, 13-17). J'entends encore, ici ou là, des troubles concernant le sens profond de cette demande. Selon la Foi Chrétienne, Jésus est bien « l'auteur du Baptême » et c'est « en lui que nous sommes baptisés », mais il nous faut accueillir l'étape de Jean le Baptiste pour en comprendre le sens. Clairement Jésus se met « au rang des pécheurs que nous sommes », il en prend l'humanité, il s'incline dans cette eau trouble du Jourdain qui, en soi, n'a rien à purifier en lui. Mais qui annonce tout ce qu'il vient porter, assumer, du péché des hommes afin de les sauver. Beaucoup de Pères de l'Eglise, dans la longue histoire des siècles, ont aimé saluer ce « mouvement d'abaissement » de Jésus. Car Jésus ne va cesser de « s'abaisser » pour rejoindre et sauver : sa naissance de pauvreté, sa vie cachée de Nazareth, sa vie publique de dépouillement, et sa passion jusqu'à l'infamie du bois de la Croix. Le Baptême dont nous sommes marqué, le seul Baptême qui sauve, prend sens à la manière d'un cheminement qui nous fait devenir toujours davantage ce que nous avons vocation à être. Tertullien disait au 3e siècle : « On ne naît pas chrétien, on le devient ». Comme une prise de conscience que Dieu vient nous chercher là où nous sommes pour nous élever à une dignité qui est toujours « en devenir ». Nous ne mesurerons jamais assez cette évidence de Foi. On peut parler du « cadeau du Baptême » car il prend en charge nos humanités et révèle un visage toujours en construction et en projet. Le Baptême est bien un « don », « une Grâce » mais qui opère tout un travail de purification, de prise de conscience. En avons-nous pris conscience ? Mais ce « mouvement » ne dit pas tout. Dans le texte entendu, il en appelle un autre, ou plutôt une parole qui est toute aussi nécessaire et incontournable. « Celui-ci est mon Fils bien aimé, en qui je trouve ma joie et en qui j'ai mis tout mon amour ». A tous ceux qui reçoivent le Baptême, cette parole est destinée. Elle renvoie au visage paternel de Dieu et croise le regard des parents qui sont en vocation de s'émerveiller de leur enfant. Le Baptême est un chemin où Dieu « se montre Père » au sens de l'éducation qu'il nous destine pour comprendre et vivre les mots de la Foi. En avons-nous conscience? Père Michel Pagès, recteur du Sanctuaire