« Nous ne devons pas considérer le pauvre selon l'apparence…Il faut retourner la médaille pour voir l'essentiel » St Vincent de Paul
Père Michel Pagès | 26 septembre 2025
L'évangile met face à face « un homme riche » et « un homme pauvre » (Luc 16, 19-31). On peut s'interroger et se demander « de quel côté » et pour bien des raisons, spontanément, nous nous plaçons ? On peut aussi se demander « quelle part de nous-mêmes » se trouve visée, interpelée ? Quand on se trouve « en situation » de vie, il faut assumer ce que l'on est, mais bien plus, selon l'évangile, il faut questionner son comportement. Les attitudes, les gestes, les regards, les réactions qui sont comme « enfermés » dans une réalité sociale et humaine, et ce que nous en faisons. Là est l'enjeu ! Dieu ne s'arrête pas « aux apparences » mais il interpelle les comportements ! la Lettre aux Philippiens (2, 1-11) nous le dit à sa façon : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement « (apagein » en grec, qui a donné « Arpagon » dans l'Avare de Molière) le rang qui l'égalait à Dieu, mais il s'est abaissé, prenant la condition de serviteur…et jusqu'à la mort sur la croix…c'est pourquoi Dieu l'a relevé et lui a rendu son rang »…Et nous voilà troublés ! Oui, Dieu est riche et Jésus né de Dieu est même « riche en miséricorde » (Ephésiens 2, 4-10). La Liturgie de la Messe nous en parle aussi : « Dieu qui donnes la preuve suprême de ta puissance lorsque tu patientes et prends pitié »…Le « riche » n'est pas condamné parce qu'il est riche mais parce qu'il a fermé son cœur et sa vie sur ses richesses… Or, tout l'enjeu est là, celui de notre vie chrétienne, de sa réalité et de ses fruits jusqu'au « bien suprême ». Je n'oublie pas que la parabole nous situe « au séjour des morts », là où, d'une façon ou d'une autre, « on rend sa vie et on rend compte de notre gestion » face à cette réalité de Foi qu'est « l'enfer ». Or l'enfer, dans la théologie catholique n'est pas défini « comme un lieu » mais « comme un état sans Dieu » dans lequel se place l'homme qui refuse Dieu. Comme le contraire d'une communion toujours proposée et possible. Le « riche » de la parabole fait l'expérience de l'enfer parce qu'en s'enfermant sur ses biens, il a mis Dieu à la porte de sa vie et ne veut rien changer de ses comportements sans « tenter d'aimer »…Comment agissons-nous au quotidien de nos vies ? Cherchons-nous le respect de chacun ou sommes-nous dans les comparaisons ? Nous enfermons-nous sur ce nous avons où cherchons-nous le partage ? Laissons-nous l'autre à son désespoir ou lui proposons-nous notre aide ? Père Michel Pagès, recteur du Sanctuaire