Eglise Saint-Jérôme L'Adoration Perpétuelle à Toulouse

LE COMMANDEMENT NOUVEAU

Père Lizier de Bardies |  16 mai 2022

5ème dimanche de Pâques C LE COMMANDEMENT NOUVEAU 15 MAI 2022
Dans son livre intitulé « la Vie des hommes illustres », saint Jérôme évoque la fin de la vie de l'apôtre saint Jean à Éphèse. Et Saint-Jérôme le décrit si cassé de vieillesse qu'il fallait le porter à l'assemblée. Trop faible pour tenir de longs discours, l'apôtre se bornait à redire : « Mes petits enfants, aimez-vous les uns les autres ! » Comme les fidèles se lassaient quelquefois de cette répétition, il répondait : « C'est le commandement du Seigneur, et s'il est observé, cela suffit ! » Le récit est peut-être légendaire, mais il est l'expression fidèle de la pensée de saint Jean, telle que nous venons de l'entendre dans son évangile.
Mais qu'est que s'aimer les uns les autres ; ou plutôt quel est exactement le
commandement du Seigneur ? Jésus ne nous demande pas simplement de nous aimer mutuellement, ce qui n'aurait certes pas été une nouveauté, et ne nous aurait rien appris. Jésus ne fait d'ailleurs pas ici de théorie, ce qu'il demande, ou plutôt qu'il nous donne comme un commandement, comme un commandement nouveau, et finalement comme son commandement, c'est de nous aimer comme lui-même, Jésus, nous a aimés. Et cela change tout.
Jésus donne à ses apôtres ce commandement à la fin de son parcours avec eux ; nous sommes après la Cène, quelques heures avant son arrestation au jardin des Oliviers. Jésus va être mis à mort. Il le sait, ses apôtres bouleversés le savent, et Jésus leur donne le sens de sa mort : « il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » ; et il ajoute « vous êtes mes amis » ; et il insiste : « je ne vous appelle plus serviteurs mais amis ».
Les Douze avaient commencé par être des disciples, c’est-à-dire des suiveurs. Ils avaient trouvé un rabbi, un maître qui leur enseignait avec justesse les choses de Dieu, et ils marchaient derrière lui. Ensuite le Maître les avait mis au service de la Parole qu'il annonçait, de la bonne nouvelle du royaume. Il les avait envoyés en avant de lui, deux par deux, et leur avait même donné pouvoir sur les malades, qu'ils guérissaient, et sur les démons, qu'ils expulsaient. De disciples ils étaient devenus serviteurs, puis encore collaborateurs. Mais en ce soir du dernier repas de Jésus, Jésus les appelle
amis, parce que le serviteur ignore ce que fait son maître, alors que Jésus, lui, a tout transmis et fait connaître à ses apôtres : « comme la Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie » leur dira-t-il après sa résurrection.
Ce que Jésus a fait connaître à ses apôtres, c'est ce que saint Paul ne cessera d'écrire dans ses lettres : « ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, c'est lui qui nous a aimés. Alors ne tournons pas trop vite la page de l'évangile de ce dimanche, en pensant qu’elle n’a rien à nous apprendre, que c’est du déjà connu, etc. Jésus dit ici trois choses qui méritent d’être méditées, auxquelles il nous faut constamment revenir.
1 L’amour se commande, car il est don de soi-même. L'amour n'est pas un sentiment, une émotion, ni même une attirance : dans notre évangile il est décision de notre volonté, disposition du cœur, accueil, bienveillance, compréhension, désir de servir, et finalement de faire vivre. La difficulté aujourd'hui est que dans notre français actuel le terme ‘aimer' et le terme ‘amour' ont des acceptions si larges, et ont si peu de synonymes, qu’on les emploie à tout sujet ! L’amour de Dieu répandu dans nos cœurs, amour que le latin appelle charité, est ouverture de tout notre être à l’autre, à la relation avec l’autre. Il est le oui que dit notre liberté. Oui à mes frères, oui à Dieu.
2 L’amour dont parle Jésus est nouveau. Être chrétien c’est fondamentalement
reconnaître et accepter que Jésus et notre maître en amour, que c’est auprès de lui que nous allons apprendre et réapprendre la relation d’amour avec l’autre, relation que Jésus appelle alliance. Loin de l’exclusion (‘je n'ai pas besoin que tu vives') comme de la séduction (‘j'ai envie de te posséder'), la relation d’alliance est relation vitale. Car nous avons le pouvoir de nous donner la vie, de nous faire vivre mutuellement. Nous savons bien que nous naissons et nous recevons sans cesse les uns des autres. Les relations familiales en sont l’illustration. Et ce n’est pas par hasard que les anneaux que les époux se remettent, en signe de leur pacte, reçoivent à l’église le nom spécifiquement religieux d’alliances.
3 Enfin, c’est de l’amour entre disciples qu’il s’agit ici. Ailleurs dans l’évangile Jésus parle abondamment de l’amour envers tous les hommes : « Aimez (même) vos ennemis », et il s’agit là aussi, bien sûr, d'un amour d’alliance. Mais l’ultime testament, que Jésus lors du dernier repas remet comme un don précieux à ses intimes, après le départ de Judas, est son commandement : « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c’est l’amour que vous aurez les uns pour les autres. »
Nous aimer comment ? – « Comme je vous ai aimés », dit Jésus. Il ne nous reste plus qu’à lire le reste de l’évangile, et imiter Jésus en mettant chaque jour un pas dans ses pas.
« L'imitation est inséparable de ‘amour, tu le sais, quiconque aime veut imiter : c'est le secret de ma vie : j'ai perdu mon cœur pour ce Jésus de Nazareth crucifié il y a 1 900 ans à chercher à l'imiter autant que le peut ma faiblesse. » (Saint Charles de Foucauld – Lettre à un ami)