Eglise Saint-Jérôme L'Adoration Perpétuelle à Toulouse

Le Christ Roi de l'univers 22 novembre 2020 HOMÉLIE LA PARABOLE DES BREBIS ET DES BOUCS

Père Lizier de Bardies |  12 décembre 2020

Le Christ Roi de l'univers 22 novembre 2020
HOMÉLIE LA PARABOLE DES BREBIS ET DES BOUCS
La solennité du Christ-Roi ouvre la dernière semaine de l'année liturgique (dimanche prochain nous entrons dans je temps de l'Avent qui nous conduit aux solennités de Noël). Le titre de Roi, que Pilate fait inscrire sur un écriteau au-dessus de la croix, est aussi appliqué au Christ par le Livre de l‘Apocalypse : « À toi, nous rendons grâce, Seigneur Dieu, Souverain de l'univers, toi qui es, toi qui étais ! Tu as saisi ta grande puissance et pris possession de ton règne. » (Ap 11, 17)
Quand Jésus parle de lui-même à la première personne du singulier, dans l'évangile, il use de comparaisons, dans un vocabulaire très imagé : je suis le bon Berger, je suis la Porte des brebis, je suis la Lumière du monde… S'il accepte de se laisser appeler Maître et Seigneur par ses disciples, leur disant même : « Je le suis ! » Il ajoute aussitôt : « Je suis parmi vous comme celui qui sert. » (Lc 22, 24) Quant au titre de roi, bien qu'il ne cesse d'annoncer la venue du Royaume, Jésus s'en méfie ! Ainsi, quand les foules rassasiées par les pains multipliés veulent faire de lui leur roi, saint Jean nous dit que Jésus se retire, seul, dans la montagne.
Peut-être la parole la plus éclairante que les évangiles nous aient transmise est celle que Jésus répond au bon larron crucifié à côté de lui, sur la colline du Golgotha : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu entreras dans ton Royaume ! – Je te le dis, aujourd'hui, tu seras avec moi dans le paradis. » Jésus est bien Roi, mais c'est sa mort sur la croix qui révèle et inaugure son royaume, il ne règne pas comme règnent les rois de ce monde, qui « font sentir leur pouvoir et se font appeler bienfaiteurs ». Pour le Christ, régner sur nous c'est nous sauver, tandis que pour nous, le servir ce n'est pas autre chose que nous laisser sauver par lui.
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Au dernier jour, chacun de nous sera donc jugé. C'est notre grandeur et notre drame, c'est le prix de notre liberté humaine. Et la question qui nous sera posée sera la même à chacun : as-tu aimé ? As-tu fait de ta vie, autant qu'il t'était possible, au moins parfois, un « je t'aime », un « oui » d'amour ? *
« A la tarde, te examinarán en el amor » : ‘au soir de la vie, tu seras jugé sur l'amour' écrivait saint Jean de la Croix. Nous serons jugés sur ce qui fait notre dignité, et nous fait entrer déjà dans une communion intime avec Dieu, qui est Amour, nous serons jugés sur l'amour, au sens où l'exprime la première Lettre de saint Jean : « Petits enfants, n'aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité. Voilà comment nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité, et devant Dieu nous apaiserons notre coeur ; car si notre coeur nous accuse, Dieu est plus grand que notre coeur, et il connaît toutes choses. » (1 Jn 3, 18-20).
Il ne faut donc pas avoir peur de ce jugement, car le juste Juge, le Christ Jésus, lui qui s'est fait notre frère, « n’est pas incapable de compatir à nos faiblesses, mais un grand prêtre éprouvé en toutes choses, à notre ressemblance, excepté le péché. » (He 4, 15). Ce jugement comportera une part de purification, nous savons bien que nous ne pourrons entrer en paradis qu'en laissant à la porte toute trace d'orgueil, de malveillance ou d'impureté, tout mensonge ou refus de pardon. Mais qu'importe l'épreuve du purgatoire, si ce jardin d'acclimatation ouvre sur le Royaume…
*« C'est dans le Christ que tous les hommes recevront la vie. » écrit saint Paul dans la lecture de ce jour. Déjà le Christ est notre vie, nous qui sommes unis à lui par la foi, sous le signe des sacrements de l'Église. Mais le Fils de Dieu, par son incarnation, s'est uni à tout homme. C'est pourquoi la parabole du jugement parle de ‘ces petits qui sont mes frères'. Servir – au sens le plus fort où ce mot signifie aimer, faire vivre – particulièrement le plus petit, le plus faible, le plus démuni, c'est déjà servir Jésus, être uni à lui.
La parabole des brebis et des boucs est donc finalement à la fois exigeante et apaisante. Exigeante parce que nous n'en avons jamais fini avec le commandement de l'amour ! Apaisante parce que celui qui aura donné « même un simple verre d'eau fraîche, à l'un de ces petits en sa qualité de disciple, ne perdra pas sa récompense. (Mc 10, 42) »
Apaisante aussi car elle annonce que même ceux qui auront ignoré le Christ, sur cette terre (‘Seigneur, quand est-ce que nous t'avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t'avons nourri ? tu avais soif, et nous t'avons donné à boire ? …'), mais l'auront servi en servant leur prochain, seront reçus comme les serviteurs fidèles de la parabole des talents que nous entendions dimanche dernier : « Entre dans la joie de ton maître ! ».
Et qui sait si ce n'est pas l'un de ces plus petits de mes frères qui te tiendra la porte, le jour où tu te présenteras à l'entrée du paradis ?