Eglise Saint-Jérôme L'Adoration Perpétuelle à Toulouse

Jeudi Saint

Père Lizier de Bardies |  19 avril 2020

JEUDI SAINT  –  JÉSUS A AIMÉ LES SIENS JUSQU’À L’EXTRÊME.   9 avril 2020

«Jésus, sachant que l’heure était venue, sachant que le Père a tout remis entre ses mains, qu’il est sorti de Dieu et qu’il s'en va vers Dieu… » On ne peut relire sans être bouleversé cette introduction solennelle au récit du dernier repas de Jésus dans l’Évangile de saint Jean : Jésus sait.

Cela nous frappait déjà quand nous écoutions dimanche le récit de la Passion dans l'évangile selon saint Matthieu. Jésus sait. C’est sa force : il sait pourquoi il est là. Il sait d’où il vient, il sait où il va. Sa vie, nul ne la prend, c'est lui qui la donne. Il a le pouvoir de se désaisir de sa vie, et le pouvoir de la reprendre ensuite.

Il se désaisit de sa vie non pas sans combat intérieur : « Mon Père, s'il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. »

Il se désaisit de sa vie non pas sans angoisse et effroi, et nous savons par l'évangéliste saint Luc que sa sueur au jardin de l'agonie à Gethsémani est devenue comme une sueur de sang.

Il se désaisit de sa vie non pas sans souffrances. L'évangile ne cache pas le supplice que Jésus a enduré. « C'était nos péchés qu'il portait » écrira saint Pierre, relisant le prophète Isaïe.

 » Sachant que l'heure était venue, l'heure de passer de ce monde à son Père » : Au cours de ce dernier repas – et nous sommes à la veille du repas juif repas de la Pâque, qui commémorait déjà un passage, celui de la libération du peuple hébreu opprimé en Egypte – Jésus veut laisser à ses apôtres, et à travers eux à son Église, le double sacrement de son amour : celui de l'eucharistie, qui perpétue son sacrifice, et celui du ministère des prêtres et des diacres, chargés de rompre le pain et de le distribuer en son nom. « Nous sommes nés au Cénacle » écrivait le Pape Jean-Paul II à ses frères prêtres du monde entier, le jeudi saint de l'an 2000.J     Jésus sait où il va. Cette force, c’est aussi la nôtre. Dans ce monde où tant de gens ne savent pas d’où ils viennent, ni où ils vont, ni qui ils sont, nous nous savons. « C'est pour vous que le Christ a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces » écrit encore saint Pierre. Le modèle, nous l'entendons de la bouche même de Jésus : « Vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour vous. »

Nous savons qu’à notre mesure, «tout» est remis entre nos mains ; que le monde va vers Dieu qui, en Jésus, vient à sa rencontre ; que l’accès au Père est ouvert, et que Jésus compte sur nous, prêtres et diacres, et que Jésus compte sur nous, baptisés et consacrés, pour y conduire ceux que l’Église nous confie.

Jesus sait où il va. Il sait, si l'on peut dire, quelle est sa place. « Lui qui avait aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout ». La place de Jésus est exactement décrite par une phrase d’une mystique suisse du siècle dernier, Adrienne Von Speyr. Elle écrit quelque part : « Dieu mérite plus d’amour que le monde ne lui en donne ; les hommes également ont besoin de plus d’amour que le monde ne leur en donne. » La place de Jésus est exactement située là, à cette jointure entre l’amour parfait qu’il porte de la part des hommes à son Père, manifesté par son obéissance, et par l’amour parfait qu’il porte de la part de son Père à ses frères les hommes, manifesté par le don de lui-même : «Ceci est mon corps, livré pour vous. Ceci est mon sang versé pour vous et pourla multitude. »

 

La place du Christ est aujourd’hui celle de l’Église, qui est son Corps. Chacun de nous y participe, suivant son appel propre. Car à chaque fois que nous nous tournons vers le Père, pour l’adorer et le prier, à chaque fois que nous aimons mieux nos frères, malgré notre péché, l’Esprit Saint entraîne le monde dans ce grand mouvement qui le fait basculer dans l’amour du Père.

 

Que sera pour nous être fidèles au dernier repas de Jésus, à l'eucharistie ? – Être fidèles à la messe du dimanche ? Oui, sans doute ; l'Église, bonne mère, nous en fait d'ailleurs un commandement ! Mais être fidèles à l'eucharistie, ce sera tout autant être fidèles à l'amour du prochain.

 

Alors reprenons ce qui se passe ce soir :

Jésus partage le pain ; il nourrit ses disciples.

Jésus prend la tenue du serviteur ; il lave ses disciples

Partager, nourrir, servir, laver : n'est-ce pas cela aimer ? C'est ce que Jésus fait pour nous ; ce qu'il fait pour nous à chaque messe. Il me semble que quand Jésus nous dit « faites ceci en mémoire de moi », nos pouvons entendre aussi : « c'est un exemple que je vous ai donné. »

Ainsi la vérité de notre vie chrétienne se joue non pas au moment où nous entrons dans l'église, elle se joue précisément au moment où nous en sortons !

Rassemblons en esprit, nous unissant à la Cène du Seigneur, toute cette Humanité qu'Il appelle, en totalisant dans notre offrande tous les malheurs, toutes les catastrophes, toutes les maladies, toutes les agonies, toutes les détresses,  toutes les solitudes, toutes les violences et toutes les folies, pour que tous soient touchés, réanimés, transfigurés par la Présence de notre Bien aimé Seigneur

Et que nous-mêmes, comme l'écrivait Maurice Zundel, convertis enfin authentiquement à sa Présence, nous fassions le vide en nous pour apporter aux autres cet espace infini et merveilleux où Dieu Se révèle, où Dieu Se respire. Car c'est dans le tabernacle de nous-mêmes que le Christ veut aujourd'hui se communiquer à tout l'univers.