Eglise Saint-Jérôme L'Adoration Perpétuelle à Toulouse

Hommage à Jean Vanier par le Père Lizier de Bardies, prêtre accompagnateur de l'Arche en Pays toulousain

Père Lizier de Bardies |  18 mai 2019

Prêtre accompagnateur de l'Arche-en-Pays Toulousain, depuis son ouverture à Blagnac en mars 2012, j'ai eu plusieurs fois l'occasion de rencontrer Jean Vanier, à Trosly-Breuil, près de Compiègne, à Paray-le-Monial pour la fête des 50 ans de l'Arche, et même à Toulouse où Jean Vanier était venu visiter la communauté naissante et donner une conférence dans la paroisse du Christ-Roi dont j'étais alors en charge.

Mais je garde un premier souvenir beaucoup plus ancien, un soir de vendredi saint, où Jean Vanier était invité (avec notamment sœur Emmanuelle) à participer à l'émission littéraire de Bernard Pivot, « Apostrophes ». À une question posée par Bernard Pivot : « Comment, finalement, choisit-on de partager sa vie avec des personnes handicapées ? », Jean Vanier avait répondu à peu près, avec profondeur : « Je ne sais pas si on choisit : on est choisi… »

Jean Vanier a posé pourtant des choix radicaux dans sa vie, renonçant à la carrière qui s'ouvrait pour lui dans la Marine britannique, après la guerre, puis à un poste confortable de professeur de philosophie (il était titulaire d'un doctorat) à Toronto. Il expliquera plus tard que la parabole de Jésus : « Le sarment qui porte du fruit, mon Père l'émonde pour qu'il en porte davantage  » signifie cela : renoncer à quelque chose qui est bon pour meilleur encore.

Jean avait reçu de sa famille une foi profonde, adulte et engagée, et est demeuré toute sa vie un homme de prière et de méditation, profondément attaché à Jésus et à l'eucharistie, scrutant particulièrement l'Évangile selon saint Jean qu'il a longuement commenté au fil des innombrables conférences, retraites, causeries et autres méditations plus ou moins improvisées qu'il a données tout au long de sa vie.

Pour ma part je suis touché par sa profonde humilité, toute empreinte de l'Évangile : il ne donnait pas de leçon, ne faisait pas de théorie, mais témoignait avec simplicité de ce qu'il vivait, de ce qu'il découvrait, de ce qui le faisait vivre, et de ce qui le faisait souffrir. Il invitait ses auditeurs à rejoindre Jésus là où il demeure caché, « dans le faible et le pauvre  ». Fin connaisseur des forces et des faiblesses de l'être humain, qu'il avait d'abord découvertes en lui-même, il en témoignait en parlant de la compassion, cet « instinct de vie qui doit être complété par la grâce  » pour que l'homme devienne davantage semblable à son Créateur. La compassion n'est pas une simple émotion, elle demande aussi « une certaine sagesse », par l'éveil de l'intelligence et des compétences. « Le pauvre éveille ce qu'il y a de plus beau dans l'être humain : son cœur ». Le message central du message de Jésus-Christ, expliquait-il également, est que «  tout être humain, quelle que soit sa culture, son ethnie, ses capacités est aimé de Dieu  ».

Pour Jean Vanier, la compassion portait également une exigence : « Si l'on veut annoncer une bonne nouvelle aux pauvres, il faut demeurer avec eux  ». À l'Arche-en-Pays toulousain, assistants salariés, volontaires en année civique, stagiaires, responsable, amis et bénévoles forment avec les résidents ou les externes une communauté fort variée. Accompagnants et accompagnés tissent des relations mutuelles qui vont au-delà de l'aide et du travail. Ensemble, les membres de L'Arche, qu'ils aient ou non une déficience intellectuelle, construisent leur vie communautaire : participation aux tâches, aux décisions, aux réflexions, aux fêtes et aux rassemblements, au souci les uns des autres. Chacun est invité à contribuer à la vie ensemble, selon ses aptitudes et ses désirs. La vie commune avec des personnes fragiles, aux formes d'intelligence parfois déroutantes mais au cœur toujours disponible renvoie parfois les accompagnants à ses propres faiblesses et à ses propres fragilités. Mais tous y découvrent, je crois, la profonde vérité de la formule si souvent citée de Jean Vanier : « Tu es plus beau que tu n'oses le croire  ».

Père Lizier de Bardies,
prêtre accompagnateur de l'Arche en Pays toulousain