Mgr Georges Pontier | 21 septembre 2025
Chaque fois que nous revient la lecture de cet évangile nous sommes d'abord pris par un vertige et des interrogations. Comment Jésus peut-il rapporter une telle histoire, tirée certainement d'un fait divers ? Comment peut-il faire « l'éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ? » Il nous faut vite arriver à la conclusion de son enseignement : en racontant cette histoire, Jésus veut formuler un enseignement : « Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l'un et aimera l'autre, ou bien il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l'argent. »
Ce gérant était au service d'un homme riche mais il ne gérait plus ses biens avec honnêteté. L'amour de l'argent avait pris le pas sur l'honnêteté. Il servait deux maîtres et non plus un seul : suffisamment son maître pour ne pas éveiller les soupçons, et pas mal lui-même pour s'enrichir. Mais il fut dénoncé comme dilapidant les biens du maître. Et le voilà lancé dans sa logique : la recherche de ses intérêts : préparer son avenir, rentrer dans le réseau des malhonnêtes. Se faire des amis avec l'argent de son maître ! C'est cette habileté que Jésus loue. Il n'avait qu'un maître, lui-même et son avenir. Prêt à tout pour cela ! Attaché à lui-même, il méprisait son maître. Il n'avait qu'un maître : lui-même et ses intérêts !
C'est cet enseignement que nous sommes invités à accueillir ce matin. Notre cœur, notre vie est-elle unifiée, était-elle au service d'un seul maître ou de plusieurs, selon nos intérêts ? De qui suis-je le serviteur, le disciple ? En qui je mets ma confiance : en Dieu ou en l'argent ? en Dieu ou dans des pratiques ambiguës ? Dans le confort de cette vie ou déjà dans l'entrée dans la vie qui ne finit pas : celle en Dieu, celle où prédomine l'amour pour Dieu au-dessus de tout et l'amour des frères que nous côtoyons ?
Chers frères et Sœurs, nous voilà invités à choisir et à re-choisir le trésor de nos vies : « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ? » « Unifie mon cœur pour qu'il craigne ou aime ton nom. » dit un psaume. Nous sommes invités à unifier notre cœur. Où en suis-je dans ma relation de confiance et d'intimité avec Dieu : nous l'aimons un peu, beaucoup ? parfois ? Où en suis-je de ma relation avec mon conjoint, mes enfants, mes parents : parfois totalement, parfois avec quelques écarts ? Où en suis-je de ma relation à l'argent : en le laissant à sa place comme un serviteur ou en en faisant mon maître ? Où en suis-je de mes addictions qui peuvent me conduire où je ne voudrais pas aller : les images, l'alcool, la luxure, le téléphone ? Quel est l'amour de ma vie, quel est mon trésor ?
C'est à ses disciples que Jésus donne cet enseignement. Nous voilà nous aussi des disciples. Le chemin des disciples n'est pas celui d'un serviteur de plusieurs maîtres ! Nous n'en avons qu'un, celui qui nous a confié son bien : notre vie, celle de ce monde qui lui appartient, celle de la révélation de son visage en Christ, celle de nos frères et sœurs ? Sommes-nous habiles et fidèles dans cette gestion ?
Que la contemplation du Christ, vrai Dieu, vrai homme, soit notre lumière, notre chemin, notre vérité, notre vie. Imitons Celui qui nous aime et que nous aimons, Celui qui est notre maître et notre Père. Vivons enfants de lumière, dans la clarté, sans mensonge, sans doubles vies !
Il nous a aimés jusqu'au bout. Il a été fidèle. Il n'est qu'amour ! Oui, mettons et gardons toute notre confiance en Lui, comme Il l'a fait lui-même. Mgr Georges Pontier