Eglise Saint-Jérôme L'Adoration Perpétuelle à Toulouse

4ème dimanche de Pâques  LA PORTE 3 MAI 2020

Père Lizier de Bardies |  4 mai 2020

 

La parabole du berger suit immédiatement, dans l'Évangile de Jean, le récit de la guérison de l'aveugle-né, qui se termine par des paroles très dures de Jésus à l'adresse des pharisiens : « Si vous étiez aveugles, vous n'auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre péché demeure. ». Jésus prend alors l'image du pasteur qui entre par la porte de l'enclos, et non en escaladant par un autre endroit comme les voleurs. Ce berger, les brebis en reconnaissent la voix, il les appelle chacune par son nom, les fait sortir par la porte de la bergerie, et marche à leur tête. Mais les pharisiens ne comprennent pas ces paroles, nous dit l'Évangile.

Jésus ne s'attribue pas ici (il le dira un peu plus tard) le titre que nous connaissons bien : « Je suis le bon berger… ». Il enchaine sur une autre parabole qui continue l'image de la porte : « Moi, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé… je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »

*Ce quatrième dimanche du temps pascal, appelé souvent « dimanche du Bon Pasteur » amène à réfléchir au sens profond du ministère pastoral dans l'Église, à commencer par celui des prêtres. Ne pourrait-on pas dire en méditant la parole de ce jour que ce ministère consiste en quelque manière à présenter grande ouverte la Porte qu'est le Christ ?  Cette porte est passage, cette porte est Pâques : dans l'Église la foi fait un seul corps entre celui qui adhère et le Christ. Le baptême nous fait sacrement : le baptisé est sacramentel, et les personnes consacrées, les  religieux, les religieuses – ont pour vocation d'en porter le témoignage.

Les diacres et les prêtres, eux, en exercent le ministère, c’est-à-dire le service : Ils exercent le service de la Parole, qui est premier – annonce et prédication et, dans l'homélie au cours de la liturgie, appropriation et partage de cette Parole, comme on partage le pain. Et bien sûr catéchèse et enseignement.

Puis dans un second temps – comme sur la route d'Emmaüs – ils exercent le service de la liturgie, qui est celui de la prière communautaire et publique de l'Église (la liturgie des heures, la prière des psaumes), avec en première place la célébration des sacrements : le baptême, qui donne la Vie, et l'eucharistie, et toute la structure sacramentelle de l'Église qui fait participer le baptisé, incorporé au Corps du Christ, à la vie trinitaire.

Si l'on voulait signifier par un mot la place des prêtres et des consacrés dans l'Église, je dirai volontiers qu'ils sont des passeurs. Des passeurs du visible à l'invisible, des passeurs de ce qui est provisoire à ce qui est éternel, des passeurs des réalités de ce monde aux réalités du ciel. À travers eux passe le don de Dieu, quelle que soit leur faiblesse, à travers eux passe la grâce de Dieu. Dire que la foi de l'Église est sacramentelle c'est signifier qu'elle apporte le salut au-delà d'elle (cf. les serviteurs qui remplissent les jarres au cours des noces de Cana).

Ministres ordonnés – diacres et prêtres – religieux, religieuses, moniales, membres des instituts de vie consacrée : leur vie qui se veut toute donnée, et le service qui est leur pain quotidien, ouvrent pour eux-mêmes, et pour les autres, les portes de la présence mystérieuse et agissante du Christ dans nos vies.

Alors nous commençons à comprendre l’image du Bon Pasteur, du « vrai berger. Elle traduit la proximité du Seigneur et sa garde vigilante. Mais surtout elle révèle à quel prix « il nous conduit sur le juste chemin […] et nous fait revivre » (Ps 22). Elle nous remet aussi en présence du mystère pascal : « Le vrai berger donne sa vie pour ses brebis. » La puissance du Ressuscité est la puissance de l’amour. C’est parce qu’il ne s’est pas dérobé à la souffrance et à la mort, parce qu’il ne s’est pas enfui comme un berger mercenaire, qu’il donne la vie et peut « la re­prendre ensuite » pour nous la partager. C’est à ce prix qu’il est devenu celui qui conduit l’huma­nité vers le Père, pasteur unique pour un unique troupeau… Comme l'écrit magnifiquement saint Pierre dans la seconde Lecture :  » Vous étiez errants comme des brebis mais à présent vous êtes retournés vers votre berger, le gardien de vos âmes. »

En ce quatrième dimanche de Pâques l'Église nous invite à prier parti­culièrement pour les vocations. Que cela nous invite à rendre grâce pour notre propre vocation, pour l’appel que nous avons reçu à faire partie de la bergerie de Jésus ; qu'elle nous invite aussi à demander au Grand Pasteur des bre­bis de susciter des bergers à son image, qui ac­ceptent de donner leur vie pour faire connaître le nom par qui tous doivent être sauvés ! « Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé », dit le Seigneur

Il me semble qu'une question reste posée : quelle porte acceptons-nous de franchir ? Quelle porte acceptons-nous que le Seigneur ouvre dans nos cœurs ?

Les pharisiens de l'Évangile, dans leur orgueil et leurs certitudes, leur tri et leur rejet de tout ce qui ne leur semblait pas assez pur, fermaient beaucoup plus de portes qu'ils n'en ouvraient, et passaient leur temps à établir des frontières !

Ou bien se trompaient-ils de portes ?

Que le Seigneur nous montre les pas que nous avons à faire, afin que nous nous décidions à passer les portes qu'il ouvre sans cesse : celle du pardon, celle de la joie et de la paix qu'il nous donne, celle de la communion et de la solidarité entre frères…

Amen !