Suivre l’étoile
Depuis la nuit des temps, les étoiles ont une place privilégiée dans la vie des hommes. Elles sont un peu le symbole de notre destin, de notre avenir, de nos rêves. Chez beaucoup de nos contemporains, il y a comme un mage qui sommeille, qui croit à sa « bonne étoile ». N'y-a-t-il pas au fond de nous un désir similaire, celui de découvrir une étoile brillant davantage, une envie de changement, de clarté et de nouveauté ?
Contemplons le ciel de notre cœur. Regardons en arrière cette année écoulée. Nous sommes tous entourés d'étoiles, que nous essayons de suivre, voire d'imiter. Bien sûr, il y a les étoiles de nos superstitions qui nous empêchent d'avancer au présent ; celles d'un futur idéalisé qui nous éloignent de ce que nous sommes réellement. Mais il y a aussi et surtout celles de nos proches, de nos amis : ces personnes qui sont apparues subitement dans nos vies et qui ont provoqué des bouleversements. Il y a ces étoiles qui nous ont fait faire des détours : toutes ces rencontres fugaces, ces comètes qui nous ont marqué par leur éclat, leur brillance. Il y aussi ces étoiles du berger, ces proches qui nous ont offert leur fidélité, leur constance. Il y a enfin ces personnes qui nous ont précédées, ces étoiles éteintes depuis longtemps… mais que nous regardons encore et qui sont, par leur lumière, des repères sur notre chemin. Nos vies sont ainsi faites d'une constellation de rencontres. Chaque être humain peut à tout âge découvrir une nouvelle étoile… à la seule condition qu'il accepte de se mettre en route comme les mages. Les mages sont arrivés d'abord à Jérusalem, alors que l'étoile leur indiquait Bethléem. Ils sont arrivés au lieu du pouvoir, alors que l'étoile pointait vers le lieu de la fragilité. Nos vies sont ainsi faites d'errances, mais elles ne se réduisent pas à nos échecs et nos erreurs. Accueillir Dieu en vérité, c'est accepter d'être dérouté et, comme les mages, amené sur des chemins imprévus.
En cette nouvelle année, je vous souhaite de vous laisser interpeller et guider par de nombreuses étoiles, déroutantes peut-être… et que la boussole de votre chemin soit toujours une joie profonde !
Frère Didier Croonenberghs o.p
La famille
Si la famille d'aujourd'hui est en crise, c'est quelle est le reflet d'un monde en crise où la culture de l'affrontement et de la division l'emporte sur la culture du dialogue et de l'union. Dans ce monde, en effet tout conspire à séparer ce qui est unit. Pour l'Homme moderne, la notion de liberté apparaît plus séduisante que celle de l'engagement.
La famille n’apparaît plus systématiquement aujourd’hui comme le « milieu » qui façonne l’identité et délivre une armature morale et mentale, et cependant, elle reste le théâtre des modélisations de comportements. Et donc l’ossature de notre personnalité.
Qu’on le veuille ou qu’on s’en défende, nos forces et nos fragilités irréductibles, notre attitude à l’égard de la vie, des autres et du monde, ne peuvent s’affranchir tout à fait de ce cadre de vie inaugural sur lequel s’est posé notre tout premier regard et qui a vu l’éclosion de nos premiers sentiments, de nos premiers chagrins et de nos premières joies.
La famille repose sur une pédagogie de croissance. Chacun doit pouvoir s'y épanouir, chacun doit pouvoir « grandir », les parents tout autant que les enfants dans un climat de parfaite confiance et de bienveillance réciproque.
François Garagnon
« La beauté infiniment précieuse et fragile de l'Amour. » (extraits)
JOUR DE NOEL
Une poésie inspirée par Jacques Prévert
Mgr Jacques NOYER Évêque émérite d’Amiens
Pour faire venir le Messie, trouver quelque part un recoin oublié.
Une grotte où se réfugient les bêtes sauvages fera l’affaire.
L’important, c’est que ce lieu soit vide et disponible, sans cloison et sans porte.
Donc pas une maison, pas un hôtel, pas un temple, pas une église.
On y fait bien trop de bruit.
Si vous trouvez quelque chose dans une banlieue de ville
où se retrouvent les plus pauvres, sur une frontière où s’entassent
les pourchassés de la guerre et de la misère,
dans une périphérie où l’on abandonne
les déchets de la terre, ce serait bien.
Bethléem ? Pourquoi pas, c’est une bonne idée !
Quand vous avez enfin trouvé cet endroit rare
déposez délicatement, pour le Messie,
comme un nid de paille, joli et simple,
une mangeoire, peut-être encore chaude du souffle des animaux.
Et allez vous cacher. Veillez et attendez.
Priez et espérez. Il peut venir très vite ou attendre des années
avant de se décider.
Attendez.
Ne vous découragez pas.
La vitesse ou la lenteur de l’arrivée du Messie
n’a aucun rapport avec la réussite de l’affaire.
Quand le Messie arrive, s’il arrive,
ne dites rien, faites silence et priez.
Puis doucement,
vous inventez autour de lui un grand espace de lumière,
de sourires d’anges, de musiques célestes.
Convoquez l’univers jusqu’à la dernière poussière d’étoile.
Rassemblez tous les animaux,
ceux qui courent, ceux qui volent, ceux qui nagent.
Appelez tous les Hommes, les pauvres et les riches,
les amis et les ennemis, les noirs et les blancs
et regardez.
Attendre encore et toujours espérer.
Attendre que l’enfant ouvre les yeux.
Attendre qu’il apprenne à parler.
Attendre que l’univers entier soit là rassemblé.
Si le silence règne,
si les bavardages s’arrêtent,
si les armes se taisent…
Si les regards se croisent,
si les yeux se mouillent,
si les visages s’éclairent
C’est bon signe.
Signe que vous pouvez chanter,
signe que le projet est achevé,
signe que vous pouvez aimer,
signe que le Messie est arrivé.
Alors, vous prenez la main
de tous ceux qui vous entourent
Et à l’heure de minuit,
dans un chœur aux multiples voix
Vous laissez monter le chant
qui se lève pour l’éternité
Gloire à Dieu !
Paix aux Hommes !
Mercredi 24 Décembre: dernier jour de l’ Avent
de Saint Augustin
Les Juifs avaient vu grand nombre de leurs rois naître et mourir, les Mages sont-ils venus chercher et adorer aucun d’entre eux ? Non, car le ciel ne leur avait appris l’existence d’aucun de ces rois. Ce n’est donc pas à un roi des Juifs, semblable à ceux que Jérusalem avait vus dans ses palais, que ces Mages, habitant des contrées lointaines, et tout à fait étrangers au royaume des Juifs, croient devoir rendre de si grands honneurs ; mais ils avaient appris que le roi qui venait de naître était si grand qu’il méritait leurs adorations, et qu’ils obtiendraient infailliblement par là le salut qui vient de Dieu. En effet ce roi n’était pas d’un âge à voir ramper autour de lui la foule des courtisans flatteurs, la pourpre ne brillait pas sur ses épaules, ni le diadème sur sa tête, et ce n’était ni le brillant entourage de ses serviteurs, ni l’appareil terrible de ses armes, ni le bruit de ses victoires qui attiraient à lui des extrémités de la terre des hommes qui venaient déposer à ses pieds leurs voeux et leurs ardentes prières. Un enfant nouvellement né était couché dans une crèche, joignant à un corps frêle une pauvreté qui devait le rendre méprisable ; mais sous ces dehors misérables se cachait quelque chose de grand, et ce n’est pas de la terre qui le portait, mais du ciel qui se chargeait de les instruire que ces hommes prémices des nations avaient appris ce qu’il était : » Nous avons vu, disent-ils, son étoile dans l’Orient. » Ils font connaître ce qu’ils ont vu, et en même temps ils interrogent, ils croient et ils cherchent : figure de ceux qui marchent à la lumière de la foi et qui désirent jouir de la claire vue.
Dimanche 21 Décembre: 4 ième Dimanche de l’Avent
NUIT DE NOEL
La nuit de Noël, Dieu vient naître parmi nous, Dieu cherche à naître en nous. Il se peut que le grand problème de notre vie ne soit pas tellement de vivre, mais finalement de naître ! Car, nous ne sommes pas l'homme que nous paraissons être : célèbre ou inconnu, riche ou démuni, habile ou maladroit… Tout cela c'est l'apparence des choses.
Nous sommes un homme qui cherche à naître.
Si tu sais en toi cette pulsation merveilleuse qui te porte à ne pas être aujourd'hui ce que tu étais hier, tu es en train de naître.
Si tu te sens aujourd'hui capable d'un amour tout neuf que tu n'espérais pas hier, tu es en train de naître.
Si tu te fais aujourd'hui tout-petit devant Jésus, pour te laisser conduire dans sa Lumière, tu es en train de naître.
Sois sûr que la plus grande chose de la vie ce n'est pas de vivre, c'est de naître constamment pour ne pas être vieux.
Puisses-tu garder de cette nuit la saveur d'une rencontre : la confiante et humble certitude que tu es appelé indéfiniment à être et tout autant, appelé à faire naître les autres.
Et voici qu'inlassablement, Noël après Noël, jour après jour, Dieu frappe à ta porte et demande à naître en toi !
Maurice Zundel
Dimanche 7 Décembre: 2ième Dimanche de l’Avent
Tuer les cochons !
+ Fr David Macaire op, Archevêque de Saint-Pierre et Fort-de-France
Lundi 1 décembre 2025
Nous connaissons tous la beauté singulière de Noël en Martinique : les rencontres familiales, les chanté Nwèl, les parfums de saison, les lumières des quartiers, les ragoûts, les yanm sasa, le chwòb, les pâtés et les jambons, la ferveur des chants, les églises pleines de visages que l'on ne voit pas toujours le reste de l'année. Notre Noël a une âme, et cette âme nous engage. Noël, en Martinique, n'est pas une coutume ou un moment de fièvre commerciale. C'est un appel. Un appel pressant à faire la paix pour de bon !
Nous vivons tous les tensions du pays : violences ordinaires, quartiers déchirés, familles fracturées, divisions politiques qui s'annoncent déjà explosives à l'approche des élections, blessures anciennes jamais refermées, malaise social persistant. À cela s'ajoutent l'économie fragile, la cherté de la vie, la jeunesse qui s'en va, et parfois, dans nos propres milieux chrétiens, des querelles qui n'ont rien d'évangélique.
Noël vient nous rappeler que la Paix n'est pas un luxe : c'est une urgence vitale. Nos « chanté Nwèl », nos crèches des rues, nos repas, nos messes ne sont pas un folklore mais un acte de résistance spirituelle. Quand tout vacille, on se rassemble, on chante, on prie, on rit. « lè nou chanté Nwèl, sé kon si Bondjé ka mété balizaj an tjè nou (*) », disait une mamie d'un quartier de Fort-de-France. Et c'est vrai ! Les traditions de Noël, chez nous, ne sont pas une illusion naïve mais un ferment d'espérance.
Cette joie est un mensonge si elle ne se traduit en actes de réconciliation. Comment prier pour la paix du monde, ou manifester contre les violences si on entretient des rancoeurs vieilles de vingt ans ? Comment rêver d'une Martinique plus stable si le « palé moun mal » et le « makrélaj » remplacent la solidarité ? Fè lapé la kay-ou avan'w alé légliz épi bel chandèl ! (**)
Notre histoire nous a appris que l'équilibre n'est jamais acquis ; il se construit, jour après jour, au prix d'efforts constants pour dominer nos blessures. Les peuples qui ont dû lutter pour leur dignité savent mieux que les autres combien la paix est fragile et nécessaire. Et nous en faisons partie : nos aïeux ont dû, à travers drames et misère, trouver en Jésus une raison de tenir debout, de refuser l'écrasement, de préserver la dignité. Ils ont appris – parfois dans les larmes – qu'aucun peuple ne survit sans répondre à l'appel divin par des gestes concrets, même petits, même fragiles. À Noël, justement, Dieu se fait petit pour nous rappeler que la Paix commence petit : un pardon donné, une visite, un cadeau, un texto à quelqu'un d'oublié, une dispute qu'on laisse tomber, un geste pour un voisin en difficulté.
La Martinique porte en elle des tensions fortes, mais aussi une grâce immense : celle d'être un carrefour de peuples. Ici, on a appris – tant bien que mal – le vivre ensemble. Cette terre blessée a une vocation : montrer comment la Paix peut éclore même là où l'histoire fut violente. Noël, en Martinique, doit être ce temps où un peuple tout entier renonce aux ténèbres pour marcher dans la lumière du Christ.
Chaque génération assume cette responsabilité d'entretenir, non pas une paix « sucrée », de façade, mais une paix courageuse, active, quotidienne. Noël est un appel à réapprendre la réconciliation, à faire le premier pas, à refuser les querelles qui empoisonnent la vie sociale. C'est le temps de « tuer les cochons », ces « kankan » que nous nourrissons en pensée, en parole, par action et par omission d'années en années.
Alors, en cet Avent, faisons de nos foyers, de nos quartiers, de nos paroisses des laboratoires de paix pour ce peuple qui veut tenir debout et préparer un avenir moins angoissé. Choisissons résolument la paix : c'est la meilleure façon de chanter aujourd'hui « Venez Divin Messie » et demain « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur notre île aux hommes de bonne volonté » !
(*) Lorsque nous chantons des chants de Noël, c’est comme si Dieu plaçait des phares dans nos cœurs.
(**) Faites la paix chez vous avant d’aller à l’église et d’allumer des bougies !
Vendredi 5 Décembre: 6 ième jour de l’Avent
| Message du Frère Paul-Marie, supérieur provincial de l’ Ordre Hospitalier de Saint Jean de Dieu s’adressant à la famille hospitalière de l’Ordre |
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| Chers amis de la Famille hospitalière de Saint Jean de Dieu,
Décembre, c’est le mois des nuits longues et des espoirs tus. Et pourtant, c’est là, au cœur de l’obscurité, que la lumière renaît. Le Christ n’a pas choisi les fastes de l’hôtellerie (celle qui lui fut refusée), mais la pauvreté absolue d’une étable, loin du fracas du monde, sous le regard d’un couple épuisé.
Dans nos vies et notre monde incertains, tendus ou profondément lassés, cette naissance reste une promesse inébranlable : rien n’est trop sombre pour Dieu. Là où tout semble s’éteindre, Il ravive l’espérance, il rallume la flamme.
L’Année jubilaire « Pèlerins de l’Espérance », lancée le 24 décembre 2024 à Rome, vient confirmer cet élan. Elle nous dit que la foi n’est pas une fuite, mais un acte de courage. Être pèlerin de l’espérance, c’est faire le pari audacieux que la lumière triomphe toujours, dans nos hôpitaux, nos communautés, nos familles, nos prisons, … au cœur même de nos fragilités humaines.
Dans un monde inquiet ou désenchanté, Noël nous rappelle que Dieu se fait proche, non pas pour chasser la nuit, mais pour l’habiter avec nous. Chaque accueil, chaque regard, chaque soin devient une petite lueur qui illumine l’humanité.
À l’instar de la lampe qui veille sans cesse près du Tabernacle, et en ce mois de décembre, que notre hospitalité soit ce feu discret qui ne s’éteint jamais. Qu’en serviteur les plus pauvres, les plus petits, nous devenions, nous aussi, une flamme d’espérance au cœur de l’obscurité.
Beau chemin vers Noël sous « la lumière, au milieu de la nuit » !
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Mercredi 3 Décembre: 4 ième jour de l’Avent
Veiller
II ne faudrait pas confondre « veiller» avec l'attitude de celui qui attend calmement, parfois en dormant, des jours meilleurs, où la venue de l'Ami qui s'est annoncé! À ce compte-là, on pourrait veiller en se réfugiant sous la chaleur de l'édredon: on manquerait le passage de l'Ami et on ne verrait pas le bonheur qui surgit à la croisée des jours.
Veiller consiste à mettre la maison en beauté, afin que quelque chose d'heureux puisse s'y dérouler; à tout mettre en état pour que la fête puisse avoir lieu, sans perdre de temps quand arrivera l'Ami qu'on attend.
Veiller consiste à chasser les ténèbres pour ouvrir à la lumière, à chasser le mensonge pour ouvrir à la vérité.
Veiller consiste à hâter la venue de Celui qu'on aime: comment pourrait-il résister au désir de rejoindre ceux qui l'attendent avec tant d'impatience ?
Veiller consiste à laisser l'Évangile entrer dans la maison.
Charles Singer
« Terres » (extrait) – Éditions du Signe
Dimanche 30 Novembre: 1er Dimanche de l’Avent
Des espérances
Il existe une multitude d’espérances, des grandes et des petites espérances. Et la grandeur ou la force de l’espérance se mesure souvent au contexte dans lequel nous espérons.
Dans une nuit sombre, opaque, la petite flamme d’une allumette nous paraît comme un grand feu. Quand la société nous renvoie ses échecs, quand elle étale ses ratés, quand l’Église se débat et que ses structures craquent de partout, l’espérance n’a pas besoin d’être triomphante pour être une grande espérance.
Quand, dans ma vie, je traverse une période difficile, quand je ne vois pas d’issue aux épreuves que je traverse, la plus petite espérance peut être un acte de courage, une grande confiance en Dieu
Il existe des espérances qui, en fait, n’en sont pas. Les espérances tonitruantes quand nous fermons les yeux et que nous ne reconnaissons pas une réalité dure, pénible, à première vue insurmontable. Quand nous cédons à l’optimisme naïf.
Il y a des espérances hésitantes, fragiles, des espérances qui se battent pour vivre et survivre. Des espérances qui demandent constamment: « Seigneur, augmente ma foi! » Ce sont parfois des espérances qui durent le plus longtemps. Comme ces personnes à la santé fragile, ces personnes qui ont été malades toute leur vie et qui meurent à un âge très avancé. Ils ont peut-être ménagé la monture, mais surtout ils se sont battus pour vivre.
L’espérance est souvent un grand combat avec nous-mêmes. La foi en Dieu ne va pas de soi. La confiance en Dieu n’est jamais acquise une fois pour toutes. L’espérance demande une vigilance constante. L’espérance, c’est la vie en état d’Avent, en état d’attente perpétuelle.
Creuser le désir, attiser le feu, garde la soif. La prière peut être le chemin où se nourrit l’espérance, un chemin souvent étroit, un sentier parfois ardu. Après tout, Jésus ne nous a-t-il pas averti que le chemin vers le Royaume serait plus proche du sentier de montagne que du boulevard de la grande ville?
Fr Denis Gagnon, op
Un Roi sans puissance
Il dit qu'Il est la vérité.
C'est la parole la plus humble qui soit. L'orgueil, ce serait de dire: la vérité, je l'ai. Je la détiens, je l'ai mise dans l'écrin d'une formule. La vérité n'est pas une idée mais une présence. Rien n'est présent que l'amour. La vérité, il l'est par son souffle, par sa voix, par sa manière amoureuse de contredire les lois de pesanteur, sans y prendre garde.
Que des millions d'hommes se soient nourris de son nom, qu'ils aient peint son visage avec de l'or, fait retentir sa parole sous des coupoles de marbre, cela ne prouve rien quant à la vérité de cet homme. On ne peut accorder crédit à sa parole en raison de la puissance historique qui en est sortie: sa parole n'est vraie que d'être désarmée.
Sa puissance à lui, c'est d'être sans puissance, nu, faible, pauvre, mis à nu par son amour, affaibli par son amour, appauvri par son amour.
Telle est la figure du plus grand roi d'humanité, du seul souverain qui ait jamais appelé ses sujets un à un, à voix basse de nourrice. Le monde ne pouvait pas l'entendre. Le monde n'entend que là où il y a un peu de bruit ou de puissance. L'amour est un roi sans puissance, Dieu est un homme qui marche bien au-delà de la tombée du jour.
Christian BOBIN, écrivain.
Extrait de « L'homme qui marche »,
Édition Le temps qu'il fait
Les possessions que nous avons ne sont pas nôtres. Dieu nous les a données à cultiver et veut que nous les rendions fructueuses et utiles… Quittez donc toujours quelque partie de vos moyens en les donnant aux pauvres de bon cœur… Il est vrai que Dieu vous le rendra, non seulement en l'autre monde, mais en celui-ci, car il n'y a rien qui fasse tant prospérer nos affaires que l'aumône ; mais en attendant que Dieu vous le rende vous serez déjà plus pauvre de ce que vous avez donné, et quel saint et riche appauvrissement que celui qui se fait par l'aumône !
Aimez les pauvres et la pauvreté, car par cet amour vous deviendrez vraiment pauvre, puisque, comme dit l'Écriture : « On devient ce que l'on aime » (cf Os 9,10). L'amour rend les amants égaux : « Qui est faible avec qui je ne sois faible ? », dit saint Paul (2Co 11,29). Il aurait pu dire : « Qui est pauvre avec qui je ne sois pauvre ? », parce que l'amour le faisait être tel que ceux qu'il aimait. Si donc vous aimez les pauvres, vous serez vraiment participante de leur pauvreté, et pauvre comme eux. Si donc vous aimez les pauvres, mettez-vous souvent parmi eux : prenez plaisir à les voir chez vous et à les visiter chez eux ; conversez volontiers avec eux, soyez heureuse qu'ils vous approchent à l'église, dans la rue et ailleurs. Soyez pauvre de langue avec eux, leur parlant comme une amie, mais soyez riche des mains, leur donnant largement de vos biens, puisque vous en avez en plus grande abondance.
Voulez-vous faire encore davantage ?… Faites-vous servante des pauvres ; allez les servir…, de vos propres mains…et à vos propres dépens. Ce service est plus triomphant qu'une royauté.
Saint François de Sales
Introduction à la vie dévote (extrait)
« Toi, fais de ta maison le Ciel. Tu le feras, non en changeant les murs ni en transformant les fondations, mais en invitant à la table le Seigneur des cieux lui-même. Dieu n’a pas honte de tels repas.
En effet, là où existe un enseignement spirituel, là existe aussi la sagesse, la sainteté et l’équité. Là où l’homme, la femme et les enfants sont liés par les liens de la vertu, et là où règnent la concorde et l’amour, là, au milieu, le Christ est présent. En effet il ne recherche ni un toit en or ni l’éclat des colonnes ni les beaux objets de marbre mais la fleur de l’âme et l’élévation de la pensée, et une table où abonde la justice et qui porte des fruits de miséricorde. Et s’il voit une telle table, vite il participe à la réunion et il est présent.
En effet, c’est lui-même qui a dit : « J'avais faim, et vous m'avez donné à manger » (Mt 25, 35).
Donc, toutes les fois où vous entendez un indigent crier fortement d’en bas et qu’ensuite vous donnez à celui qui est dans le besoin quelque chose de ce qui se trouve sur votre table, c’est le Seigneur que vous avez invité à votre table, par l’intermédiaire de l’esclave, vous avez chargé votre table tout entière de bénédictions et par cette offrande vous avez saisi une très grande occasion de voir vos greniers emplis de beaucoup de biens.
Que le Dieu de la paix, qui donne le pain pour nourriture et la semence au semeur, multiplie vos semailles et augmente en vous tous les fruits de la justice, vous donnant la grâce qui vient de lui, et qu’il vous juge dignes du royaume des cieux ! »